26 juin 2009
Le packaging à l’avant-garde
Christian Blaise dirige la société de conseil bleuprocess. Depuis plus de vingt ans, il suit l'évolution des technologies de prépresse en packaging. Il est aujourd'hui coprésident du sous-comité Packaging du Ghent PDF Workgroup (GWG) qui préconise le déploiement de flux entièrement PDF dans l'industrie de l'emballage. Il répond à nos questions.
Gutenberg 1.5 : Pourquoi un sous-comité packaging dans le GWG ?
Christian Blaise : En matière de prépresse comme pour bien d'autres choses, les besoins du packaging sont différents de ceux des autres marchés de l'impression. Les profils PDF/X Plus ne marchent pas pour l'emballage. (NDR : voir à ce sujet l'article Normes PDF, PDF/X, PDF/X Plus...)
En 2002, j'étais responsable du prépresse chez Neslé lorsqu'est né le sous-comité packaging. Je participais alors à ses travaux pour donner l'avis d'un donneur d'ordre. De mon point de vue le processus de normalisation des fichiers graphiques devait démarrer le plus tôt possible dans la chaîne de production. Il était important d'y sensibiliser, non seulement les industriels, mais aussi leurs prestataires (studio de créa etc.)
Nous avons donc élaboré les premières recommandations à destination du marché de l'emballage. On les appelait alors Packaging Baseline. Il ne s'agissait pas encore de spécifications normatives, mais d'un cahier des charges plus souples en termes de contrôles.
Aujourd'hui, on différentie deux parties dans la chaîne de production : l'upstream (en amont, des agences au prépresse) et le downstream (en aval, du prépresse à la presse). Elles donnent lieu à deux sortes de profil de normalisation.
En effet, à la différence des autres marchés, où les pages PDF communiquées au prépresse ne vont plus faire l'objet de modifications structurelles, les fichiers fournis par les agences pour le packaging doivent subir différents traitements avant d'être de nouveau normalisés et transmis à la presse.
Lorsque l'on est créateur et que l'on travaille pour le packaging, on ne connaît pas forcément le système d'impression offset, hélio ou flexo qui sera employé. Ce n'est qu'en prépresse qu'on le connaît. Les fichiers sont alors normalisés une seconde fois pour tenir compte de ses caractéristiques.
Le sous-comité packaging édite ses spécifications sous la forme de 5 profils : 2 pour l'amont de la chaîne (haute et basse définition), 3 pour l'aval (offset, hélio, flexo). Ces trois derniers ne sont pas foncièrement différents, ils diffèrent pour les corps de caractères minimaux admis, pour l'épaisseur des filets, etc. Les fondamentaux restent les mêmes.
Gut. 1.5 : Quelles sont les principales différences entre les spécifications de normalisation pour le packaging et celles des autres marchés ?
CB : Pour le packaging les informations de transparence sont autorisées dans les PDF en amont comme en aval. On aplatit les fichiers le plus tard possible pour préserver le traitement colorimétrique du trapping. On appelle cela la « live transparency ». Avec bien sûr le risque assumé que l'aplatissement ne se fasse pas de la même façon sur les différents Rips (attention aux différences entre l'épreuve et le tirage final...).
De même, pour le packaging on autorise les calques PDF (le contenu à affichage optionnel). Cela autorise une plus grande souplesse pour la gestion multilingue des fichiers, mais aussi des tracés de découpe, du braille, etc.
En packaging on ne peut donc pas travailler avec des fichiers PDF 1.3. Nous visons à être compatible PDF/X mais nous ne pourrons l'être qu'avec le prochain PDF/X-4, basé sur le PDF 1.6. Pour cette raison, les spécifications du sous-comité du GWG ne s'appellent donc pas PDF/X Plus, mais PDF Plus.
Cela implique que les dispositifs de traitement (flux, RIPs...) propres aux packaging soient plus perfectionnés que leurs équivalents du labeur.
Les RIPs en packaging ne sont pas des RIPs PostScript, ils traitent directement le PDF à l'image des nouveaux RIPs PDF Print Engine. Plus perfectionnés, tous ces dispositifs sont plus chers aussi.
Gut. 1.5 : En matière de PDF le packaging est donc précurseur.
CB : Oui, les besoins opérationnels évolués sont apparus plus tôt dans le temps, mais ils sont déjà présents dans les autres marchés de l'industrie graphique. Typiquement la gestion des documents multilingues : le besoin est évident en packaging, mais il l'est aussi pour bon nombre de publications et pour le marché de la publicité. En packaging, nous ne faisons qu'exploiter plus avant et plus tôt les ressources du PDF.
Entretien avec Christian Blaise le 9 juin 2009.
18 juin 2009
De la bonne gestion des typos
Jean-Michel Laurent est ingénieur systèmes chez Extensis. Spécialiste de la gestion des polices de caractères et typographe à ses heures, c'est un passionné. Les typos sont l'âme de la création graphique et au cœur de l'outil de production. Savoir les gérer est un impératif technique, économique et artistique. Jean-Michel Laurent nous livre ses conseils.
Gutenberg 1.5 : On l'oublie trop souvent, les polices de caractères sont soumises au droit d'auteur...
Jean-Michel Laurent : Oui, les polices sont assimilées à des œuvres d'art et à ce titre elles sont protégées par le droit de la propriété intellectuelle. Acheter une police de caractères, c'est accepter formellement le cadre contraignant de son contrat de licence. Une licence de police n'est accordée que pour un lieu de production unique et il n'est pas possible légalement d'en céder les droits. Selon le contrat de licence, une police peut même être installée sur un ordinateur sans droit de diffusion ou bien encore, le contrat peut n'être que temporaire, dans ce cas on doit désinstaller la police après utilisation. L'intégration d'une police dans un document PDF, pour que l'imprimeur puisse l'imprimer, est en quelque sorte une tolérance. L'imprimeur n'a pas le droit légalement d'utiliser cette police ne serait-ce que pour effectuer des retouches sur le document.
Gut. 1.5 : Où en est-on en ce qui concerne les formats de polices ?
JML : C'est une véritable jungle ! Les polices TrueType Mac et TrueType Windows fonctionnent parfaitement ainsi que les polices PostScript Type 1 sauf sous Windows Vista avec Adobe CS 4 qui ne supporte plus les PostScript Type 1 Windows. Mais l'actualité ce sont les polices OpenType (.otf). Les typothèques achèvent actuellement d'être mises à jour. Alors que la collection Adobe Font Folio 10 comportait déjà 2000 fontes OpenType pour 300 PostScript, Adobe Font Folio 11 intègre 2300 OpenType pour seulement 100 PostScript. Les polices OpenType possèdent entre autres avantages d'être multiplateformes, compatibles à la fois avec Mac OS et Windows. Attention, avec Windows Vista, vient d'apparaître un nouveau format appelé TrueType Collection (.ttc). Il s'agit de polices spécifiques pour Vista, non-compatibles Mac.
Gut. 1.5 : Quels conseils pouvez-vous donner pour une bonne gestion des polices ?
JML : D'abord, utiliser un gestionnaire de police professionnel. Ensuite, faire preuve de méthode. Pour les utilisateurs de Mac OS X, Extensis publie un guide en français. Sa toute dernière mouture, numérotée 5, n'est encore disponible qu'en anglais sur le site http://www.extensis.com.
Pour des structures de plus de 5 ou 6 postes, la centralisation de la gestion des polices s'impose. Extensis lance actuellement la version 2 de son serveur de polices Universal Type Server (UTS).
Une gestion centralisée des polices n'a que des avantages. Elle permet tout d'abord de protéger son investissement. Les polices de caractères coûtent cher. (Mais les pirater peut coûter encore plus cher — NDR). À titre d'exemple, la typothèque Adobe Font Folio 11 coûte 2600 $ pour 5 licences. Quand on investit une telle somme pour quelques mégaoctets, on n'a pas envie que ce capital se disperse. Un serveur de polices centralise l'ensemble des fontes d'une société en un lieu unique. Lorsque les utilisateurs « montent » les polices sur leur poste, les fontes elles-mêmes restent sur le serveur. Les postes clients ne disposent que de « caches de polices ». C'est à la fois d'une utilisation plus rapide (la police elle-même ne s'installe pas), et plus sûre. Tous les intervenants sont assurés d'employer la même version de la police. Cela préserve de toutes sortes de conflits et cela évite aussi que les polices ne se perdent. La maintenance est également plus simple à effectuer. Installer un serveur de polices est une excellente occasion de faire le ménage dans ses typos. Comme le serveur gère les licences, on est aussi assuré de ne pas outrepasser ses droits.
Pour les graphistes et autres usagers, l'utilisation est aussi souple qu'avec un gestionnaire de polices monoposte.
Gut. 1.5 : Un serveur de police représente-t-il un gros investissement ?
JML : L'offre UTS commence à 1500 $ pour un serveur et dix clients (UTS Lite). Naturellement, plus il y a de postes à équiper plus la facture augmente et là il faut opter pour UTS Professionnal. Le serveur n'a pas non plus besoin d'une bête de puissance pour fonctionner. Un simple Mac Mini Intel fait très bien l'affaire.
Gut. 1.5 : Le cœur de cible de votre offre de serveur c'est l'édition ?
JML : Nous adressons toute l'industrie et je ne parle pas seulement l'industrie graphique. Nous avons comme clients des administrations, beaucoup de mairies, des organismes. L'UNESCO s'est équipée pour gérer la myriade de typos en langues étrangères dont elle dispose. Autres exemples Sanofi Aventis dans l'industrie pharmaceutique, la presse quotidienne bien sûr, Le Monde, Le Figaro, Hachette... Des imprimeurs comme récemment Fabrègue à Limoges et puis des agences de communication comme CA Communication, Landor Associates, Calligary Berville Grey... Le marché est vaste...
Gut. 1.5 : Pour les polices de caractères, conseillez-vous de se fournir de préférence chez les grandes fonderies ?
JML : Absolument pas ! On peut trouver de très bonnes polices chez les petits fondeurs. Porchez Typofonderie, propriété du typographe Jean-François Porchez en est l'illustration même. Porchez a dessiné des typos pour Le Monde, ou encore pour la RATP. Il distribue lui-même ses œuvres et elles sont remarquablement bien développées. D'une manière générale, lorsque l'on recherche des typos spécifiques et originales, il vaut mieux les chercher chez les petits.
Entretien avec Jean-Michel Laurent réalisé le 9 juin 2009.

