15 novembre 2009
Un cartable en bois
Pourquoi tant
d'acharnement contre le papier ?
Ou comment faire passer des vessies
aucultes pour des lanterne écologiques ou égalitaires.
Dans son éditorial du mois, Yvon Guémard, le toujours jeune directeur de la rédaction de Caractère, tempête contre un discours ambiant pseudo écologiste qui fustige la consommation de papier imprimé tout en cautionnant la construction de maisons en bois. Dans un cas la consommation de bois détruit les forêts, dans l'autre elle sauve la planète du réchauffement. Allez comprendre !
Ayant moi-même la fibre écologique j'ai opté l'année dernière pour un chauffage au bois. Un investissement financé pour moitié par l'État sous la forme d'une réduction d'impôt au prétexte que désormais je me chauffe à l'énergie... renouvelable. Vous avez bien lu renouvelable. Le bois est par excellence et à l'évidence un matériau écologiste, à condition de l'exploiter judicieusement ce que semble faire l'industrie papetière.
D'un sophisme à l'autre
Le livre doit faire face à une autre campagne tout aussi perverse mais encore peu connu du public : la vindicte contre les manuels scolaires. Cette fois-ci l'attaque est relayée par le gouvernement. Rue 89 relève une communication récente du ministre de l'Éducation nationale annonçant "un plan « Orsec » pour promouvoir les manuels numériques". Ceux-ci sont au passage rebaptisés TICE pour « Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement », comme si l'imprimerie n'était pas une technologie de l'information et de la communication !
J'ai déjà dit ici tout le mal que je pense de la lecture sur écran. Une ineptie tant pour la santé oculaire des enfants que d'un point de vue pédagogique. L'argument principal avancé par le ministre pour vendre ses TICE vaut son pesant de mauvaise foi. Les TICE contribueraient « à la réduction de la fracture numérique et à la réduction des inégalités ». En quoi un manuel sur Internet serait-il, plus que le livre, facteur de réduction des inégalités ? L'un nécessite de posséder un ordinateur, l'autre peut se lire partout, y compris aux toilettes ou dans la salle de bain quand ce sont les seuls endroits où l'on peut-être tranquille. À ma connaissance le ministre n'envisage pas une loi pour pour rendre gratuits, laïcs et obligatoires les Macintosh pour tous les élèves de France !
Même si ces TICE sont doublées d'un manuel en papier que l'élève pourrait garder chez lui, en quoi serait-elles en mesure de réduire les inégalités ? Un élève riche aura alors loisir de compléter facilement sa documentation sur Internet quand le pauvre n'aura que son pense-bête papier pour se souvenir de sa leçon.
L'autre argument avancé pour promouvoir ces TICE est bien entendu la lourdeur des cartables. Mais il existe une solution bien plus simple que l'introduction des TBI (Tableau blanc interactif) dans les salles de classe pour remédier aux scolioses scolaires : doubler la distribution de manuels, un pour la maison et l'autre pour la classe. Ce faisant on ferait vivre une industrie séculaire, on sauvegarderait des emplois, et (peut-être) transmettrait-on aussi le goût de lire à nos enfants.
19 août 2009
Bobo

Cherche méthode efficace pour apprendre à taper avec ses dix doigts quand on en n'a plus que cinq de disponibles...
15 août 2009
Fils de p...
Point
d'insulte dans ce titre. Juste l'intention de clarifier les rapports
de Gutenberg 1.5 à la publicité.
Fils de pub, je ne le suis guère, que l'on en juge. Peu de temps après avoir mis en ligne ce blog, un ami à qui je demandais son avis me répondit en substance qu'il n'avait pas tout compris, mais qu'il avait consciencieusement cliqué sur « des liens AdSense ». Lui avouant mon ignorance sur ces drôles de sujets, il m'expliqua qu'il s'agissait des « liens de pub Google au dessus de la page. Généralement, ajoutait-il, les gens les mettent eux-mêmes pour gagner 3 sous (ou plus) lorsque les visiteurs cliquent dessus, mais je me rends compte que là ce sont ceux mis automatiquement par ton hébergeur de blog, pour remplir ses poches… à lui. »
Je ne m'étais encore jamais préoccupé de savoir comment mon hébergeur pouvait bien gagner sa vie, tout en me proposant la gratuité du gîte. Quant aux liens de la régit publicitaire de Google ... je ne les avais jamais vus ! Et pour cause, j'utilise depuis quelques années AdBlock Plus, un plug-in pour Firefox qui débarrasse le Web de l'essentiel de la pub.
Mais le fait est là. Pour la plupart des lecteurs, mes textes sont encadrés de réclames, sur lesquels je n'ai aucun pouvoir. Une blogueuse antinucléaire, hébergée sur le même site, a ainsi vu ses pages garnies de publicité pour... Areva, principal pourvoyeur de centrales nucléaires en France !
Pour dire la vérité, ces liens AdSense ne m'embarrassent guère. Si le lecteur sait que je ne les choisis pas (et maintenant il le sait...), je ne pense pas que ces liens puissent altérer sa lecture. Plus préoccupant pour moi, est de savoir comment seront perçus mes billets si je parle de produits existants. Ma profession (dans ma vraie vie) consiste à promouvoir une gamme de produits pour l'industrie graphique. Ce blog vit en marge de ce métier, mais traite de sujets complices. Jusqu'à présent je me suis évertué à ne pas citer de marques afin de me préserver des interférences. Mais est-ce tenable à plus long terme ? Comment expliquer, par exemple, les différences de qualité entre deux profils ICC si je m'interdis de citer les logiciels qui les ont créés ? Mais ce jugement sera-t-il crédible alors que je ne suis pas journaliste ?
À qualité de rédaction égale, la différence entre les statuts de blogueur et de journaliste réside dans le contrat de lecture passé entre ce dernier et ses lecteurs. Dans ce pacte informel, figure une obligation de moyens. En matière de journalisme, se donner les moyens c'est essentiellement se donner le temps de mener à bien son enquête. En tant que blogueur, je n'ai pas d'obligations vis-à-vis de mes lecteurs. Mon travail d'édition n'est pas rétribué, et sa lecture est libre. Je laisse au lecteur la responsabilité de recouper les infos et autres appréciations qu'il trouve ici, et la liberté de publier une opinion contradictoire. (Les commentaires ne sont pas modérés sur ces page).
09 juillet 2009
Vacances
Retour début août...
25 juin 2009
Critique de la photocopie et défense des manuels scolaires
La Californie s'apprête à abolir les livres scolaires. Mais pour une fois, la France tient la corde...
Je lis sur le site de France Graphique qu'Arnold Schwarzenegger, gouverneur de l'État de Californie (USA), compte en finir avec les manuels scolaires imprimés. Ceux-ci seraient trop lourds à porter. De fait, le gouverneur aux gros muscles ne cache pas que ce qu'il trouve trop lourd ce sont surtout les coûts de l'impression en regard de son budget de crise. Le contenu pédagogique en ligne va donc être boosté et les écoliers californiens disposeront dès la rentrée 2009 de "manuels numériques" pour les cours de mathématiques et de sciences.
Si la nouvelle est peut être bonne pour les finances de la Californie, je crains qu'elle ne le soit guère pour les élèves californiens.
Dans son essai "Motion Art et édition à l'heure du papier électronique" (Fiction, tome 9), Samuel Petit rappelle que la déperdition de l'activité cérébrale devant un écran rétroéclairé est estimée à 70 % en regard de la lecture sur papier. L'évaluation est signée d'un ingénieur Californien, Alan Kay, qui n'est rien moins que l'inventeur de l’antialiasing (procédé qui évite les « effets d'escalier » sur les textes et les images affichés sur un moniteur). 70 % de « gâche » cérébrale pour les élèves, collégiens et étudiants californiens, cela laisse sans voix. Les manuels en ligne ne seront opérants que lorsque l'on pourra les lire sur papier électronique. Un procédé non rétroéclairé qui n'a rien à voir avec les écrans classiques. Même en Californie, c'est encore loin d'être envisageable pour des raisons... économiques.
Au village, sans prétention.
Loin de la Californie, dans l'école communale de mon petit village, on n'a pas attendu Terminator pour sucrer les manuels. Mon fils y achève son année de CM1 (Cours moyen, 1ere année). Pour lui, point de manuel d'histoire, mais de simples photocopies... Encore a-t-il de la chance, il dispose d'un livre de grammaire et d'un autre de mathématique. Ma fille, en CE1 (Cours élémentaire première année), ne dispose pas même d'un manuel de... lecture. Uniquement de manuels consommables, sur lesquels les enfants écrivent directement leurs exercices... de math et de français, et qui par conséquent ne peuvent être transmis à la classe suivante. Les raisons ne sont donc pas économiques mais pédagogiques.
Certes la lecture de textes photocopiés est bien plus pertinente que la lecture sur écran. En revanche, tirer le moindre bénéfice cognitif d'une image dégradée par la photocopie relève de l'utopie. Voici la reproduction photocopiée d'un tableau célèbre illustrant le cours de CM1 sur la Révolution française.
Que pourrait bien en retenir un enfant de dix ans, même des plus motivés ?
Plus caricaturales encore (c'est le cas de le dire) sont les vignettes ci-dessous devant être commentées lors d'un contrôle de connaissances.
Et l'enseignante de déplorer dans son appréciation que « les documents ne sont pas suffisamment exploités ». Encore eu-t-il fallu qu'ils soient lisibles ou même seulement visibles !
Comment peut-on espérer faire aimer l'Histoire aux enfants en les privant d'images ?
Quant à leur faire aimer la lecture en les privant de livres...
18 mai 2009
L'odeur de l'encre... électronique
Alors que je cherchais un titre pour ce blog, me vint en mémoire une histoire ancienne. Il y a bientôt 10 ans, j'avais piloté un dossier pour le magazine qui m'employait alors. Il s'agissait de faire le point sur la PAO et sur ses interactivités avec le multimédia. Florian Innocente, alors rédac’ chef adjoint de la revue, avait suggéré de titrer la une : « Gutenberg 2.0 ». Jugeant la forme trop avancée sur son temps, nous nous étions rabattus prudemment sur « L'après Gutenberg ».
Gutenberg 2.0, en voilà un beau titre pour un blog ! Googlelisant ces mots, je m'aperçus dépité qu'un ouvrage portait déjà ce titre. L'auteur, Lorenzon Soccavo, y traite des livres électroniques appelés poétiquement e-livres (misère...).
La fin du livre ?
Je me suis procuré l'opuscule. La thèse développée est simple : le livre évolue comme toute chose dans notre monde globalisé, le papier n'a pas d'avenir face à ces merveilleuses machines interactives que sont les «readers». Je m'étais promis de lui consacrer un article, ne serait-ce que par politesse pour l'auteur. Après tout, le titre de ce blog « Gutenberg 1.5 » est en soi une ironie à l'égard de son bouquin. Lequel traînait depuis des semaines dans mon salon, sans m'inspirer la moindre idée pour dire l'étrange lassitude ressentie à sa lecture (soyons francs : à son parcours...).
Il m'est plaisant de penser que c'est Florian (le même, dix ans plus tard...) qui a fait jaillir l'étincelle dans mon esprit encombré. Me suggérant un billet sur « l'odeur » des livres imprimés il m'écrit : « Il y a toujours, dans certains types de bouquins (comme les manuels informatiques) et parfois des BD selon le papier utilisé, une odeur très caractéristique (et que je trouve plaisante depuis des années). » Tilt !
Sensation
Lorenzon Soccavo a probablement raison. Le livre électronique s'imposera, comme s'est imposé le téléphone mobile. De là à ce que le livre en papier (le livre quoi...) disparaisse, l'eau coulera sous les ponts. Et l'encre continuera de s'évaporer doucement entre les pages des livres, lorsqu'on les ouvre pour la première fois. L'odeur de l'encre qui séduit les narines du lecteur, l'électronique n'est pas prête de nous la restituer. Pas plus que le toucher du papier, petit plaisir presque inconscient, mais qui fait partie de la lecture. Et la caresse des yeux que provoque une typographie distinguée imprimée sur les fibres du papier ? J'espère bien que tout cela fera partie de la vie de mes enfants et de celle de leurs propres enfants. Au même titre que la Lune et les étoiles, les oiseaux et... les odeurs.
Lorenzon Soccavo fait une erreur dans son développement. Il n'approche la lecture que d'un point de vue fonctionnel, il oublie que nous lisons avec nos sens. Pour lire efficacement, même s'il s'agit d'un manuel informatique, il faut avoir plaisir à lire. Et le plaisir est avant tout une question de sensualité.
29 avril 2009
Encres végétales et caséine
Un imprimeur de mes connaissances me fait part de sa galère du moment.
Utilisant des encres végétales, il s'aperçoit que sur certains supports l'encre ne sèche pas ! Un simple à plat Cyan, vernis de surcroit refuse de sécher et pire, l'encre traverse le papier (cherchant probablement à s'évaporer par l'autre face).
En cause la réaction de l'encre avec la caséine contenue dans le papier.
Comment savoir si son papier est enduit de caséine ? Le distributeur ne le sait pas lui-même.
La vie des imprimeurs sensibles à la cause de l'environnement n'a rien de simple !




