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20 novembre 2009

L'ISO 12647-2 en pratique (note technique ISO TS 10128)

logo_isoLa note technique ISO TS 10128:2009 survient à point nommé pour éclaircir le débat sur la mise en pratique de l'ISO 12647-2. Elle énumère les différentes manières de caler le rendu d'une impression offset sur celui d'un standard d'impression aux normes tel que le Fogra 39 ou le Gracol. Ces méthodes ne sont en rien concurrentes, elles peuvent même se combiner, en matière d'impression nous le savons, seul le résultat compte.

La note technique ISO TS 10128:2009 explicite trois méthodes possibles pour faire correspondre les couleurs d'une impression avec celles d'un ensemble de données de caractérisation standard (Fogra 39, SWOP, Gracol...) :

  1. l'ajustement de la courbe de gradation (TVI pour Tone Value Increase),  méthodologie retenue par le PSO (Process Standard Offset) initié par le syndicat allemand BvDM (voir les articles « Process Standard Offset (PSO) » et « PSO pour les imprimeries, paramètres de caractérisation ») ;
  2. le calcul de la neutralité de la balance des gris par l'utilisation d'une échelle de gris neutre, retenu par le G7 et l'organisme américain IDAlliance (voir l'article « G7 et Gracol ») ;
  3. la transformation multidimensionnelle de valeurs CMJN-CMJN, par l'utilisation de device link profile (profil de lien ou de liaison), préconisée par l'International Color Consortium (voir les articles « Presse offset et colorimétrie », « Profils de lien ou profils de liaison » et « Linéarisation et engraissement du point de trame ».

Chacune de ces méthodes admet pour préalable le respect par la presse des valeurs colorimétriques définies par l'ISO 12647, pour chaque type de papier, pour les aplats Noir 100%, Cyan 100%, Magenta 100% et Jaune 100% ainsi que pour les recouvrements Rouge (MJ 200%), Vert (CJ 200%), Bleu (CM 200 %) et CMJ 300 %. Pour les trois méthodes, l'engraissement du point de trame par la presse doit être stabilisé, mais, nous le verrons, pas forcément linéarisé. Le préalable à toute normalisation de l'impression étant, une fois encore, la répétabilité du procédé.

Les deux premières méthodes aboutissent à l'établissement de quatre courbes de transfert unidimensionnelles utilisées le plus souvent en impression offset comme courbe de calibrage des  Rips des CTP (Computer to plate).

La troisième établit une table de correspondance en quatre dimensions entre les valeurs CMJN cibles des données de caractérisation et celles à envoyer au Rip pour obtenir les couleurs correctes à l'impression.

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Une norme en devenir

Une note technique de l'ISO n'est pas encore une norme, mais seulement une norme en devenir. Sa rédaction a fait l'objet d'un vote recueillant au moins les deux tiers d'avis positif parmi les membres du comité technique de l'ISO en charge des technologies graphiques l'ISO TC 130. Une note technique est publiée quand il y a une demande urgente du marché d'un document normatif de référence et qu'il n'est pas souhaitable de laisser les professionnels dans le flou le temps nécessaire pour la validation définitive et la publication de la norme.

L'ajustement des courbes de gradation.

Il s'agit de la méthode traditionnelle de calibrage de la confection des plaques offset. Pour chaque plage tramée d'une gamme de gradation, on dispose d'une valeur cible, exprimée en pourcentage de point) et on calcule par une simple règle de trois, et pour chaque canal CMJN, la valeur de pourcentage de point qu'il faut envoyer au RIP pour obtenir le bon pourcentage de point à l'impression. Ce procédé est aussi vieux que l'offset. La généralisation des CTP (Computer to plate) à rendu sa mise en oeuvre plus facile. La définition par l'ISO 12647 des valeurs colorimétriques à respecter pour les aplats CMJN, R (MJ), V (CJ), B (CM) et CMJ (voir l'article « Norme, densité et colorimétrie en offset »), ainsi que la normalisation de la couleur du papier sont, comme pour les autres méthodes, les éléments clés de la prévisibilité du rendu de l'impression.

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Le calcul de la neutralité de la balance des gris par l'utilisation d'une échelle de gris neutre.

Au final, la mise en oeuvre de cette méthodologie ne diffère guère de l'ajustement des courbes de gradation. Il s'agit là aussi de calculer, selon une règle de trois, les valeurs de pourcentage de point à envoyer au RIP pour obtenir les pourcentages de point corrects à l'impression. La différence réside dans le mode de calcul des valeurs de gradation ciblées. Là où la méthode précédente ne prend en compte que l'engraissement naturel de la presse offset, le G7 calcule des courbes dites NPVC qui définissent en plus la neutralité des gris CMJ. J'ai décrit ce mode de calcul dans l'article «  G7 et Gracol ». Il s'agit de fait d'un calibrage traditionnel amélioré pour lequel, là encore, les valeurs colorimétriques des aplats CMJNRVB et CMJ et la couleur du papier sont fondamentales.

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Correspondance CMJN-CMJN par profils de liens (device link profile)

À la différence des deux premières méthodes, ce procédé prend en compte l'ensemble des paramètres qui influent sur le rendu de l'impression offset :

  • couleurs du papier ;
  • couleurs des encres ;
  • couleurs de la surimpression des encres en aplat ;
  • couleurs de la surimpression des encres en benday (recouvrement de différent pourcentage d'encre) ;
  • interaction entre l'encre et le papier ;
  • interaction entre l'encre noire et les encres chromatiques ;
  • engraissement de la presse ;
  • neutralité des gris ;
  • etc.

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La mise en oeuvre de cette façon de procéder nécessite la caractérisation de la presse (lire à ce sujet « Principe de la gestion des couleurs » et « Presse offset et colorimétrie ».) Elle diffère des méthodes traditionnelles de gestion de la couleur par l'utilisation d'un type de profil particulier appelé dans le jargon de l'ICC « device link profile » que l'on traduit en français par profil de lien ou de liaison (lire « Profils de lien ou profils de liaison »). Ces profils sont des tables de correspondance entre les valeurs CMJN des données de caractérisation que l'on souhaite respecter (celles du Fogra 39L par exemple) et celles qu'il faut réellement envoyer au RIP pour obtenir au final l'impression des couleurs correspondantes. Dans une conversion à l'aide de profils de lien, on ne passe plus par un espace colorimétrique de référence tel que le L*a*b*, ce qui permet, entre autres choses, de préserver les aplats et les bendays de primaires à commencer par le Noir 100%.

Le comité technique TC 130 prend soin de préciser que, si l'ajustement CMJN-CMJN peut s'effectuer par les profils de lien de l'ICC, d'autres méthodes similaires obtiennent de bons résultats en utilisant des profils de liaison propriétaires.

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Comme pour les deux premières méthodologies, il est impératif, avant même la caractérisation de la presse puis tout au long du processus d'impression, de stabiliser l'impression des aplats CMJNRVB et CMJ aux valeurs retenues par l'ISO 12647-2. Comme pour les deux autres méthodologies, il est nécessaire d'imprimer avec des encres aux normes, sur du papier aux normes. En revanche, contrairement à ces autres méthodes, la linéarisation préalable des courbes d'engraissement de la presse n'est pas indispensable. Ou plutôt, elle est contenue dans le procès de caractérisation (lire à ce sujet « Linéarisation et engraissement du point de trame »). En d'autres termes, il n'est pas indispensable corriger les courbes d'engraissement du point de trame AVANT la caractérisation, puisqu'elles seront ajustées AU COURS de la caractérisation. Il est cependant conseillé de contrôler la régularité de l'engraissement de la presse. Quelle que soit la méthodologie de normalisation retenue, une presse offset se conduit toujours à l'aide d'un densitomètre et non pas d'un spectrophotomètre.

Quelle méthode choisir ?

Le comité technique de l'ISO TC 130 ne prend pas fermement position en faveur d'une méthode plutôt qu'une autre. Le choix est fonction des circonstances et des habitudes de travail des imprimeurs et des organismes professionnels.

L'ISO TC 130 précise tout de même que le troisième procédé, la conversion CMJN-CMJN à l'aide de profil de lien, est le seul applicable lorsque l'on veut faire correspondre le rendu des couleurs de deux procédés d'impression différents, presse offset et presse numérique par exemple. Ce procédé est également préconisé par le TC 130 en cas d'utilisation de trame stochastique (aléatoire).

La transformation des données par ajustement des courbes d'engraissement ou de gris neutre (NPDC) est jugée a priori plus facile à mettre en œuvre lorsque les colorants et le procès d'impression correspondent exactement à ceux utilisés lors de la caractérisation des conditions d'impression standards.

Le comité technique conclut prudemment qu'il peut se présenter des situations où le meilleur résultat sera obtenu en combinant l'une des méthodes de transformation par ajustement des courbes de gradation avec une conversion CMJN-CMJN par utilisation de profils de liaison.

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Qu'en penser ?

Je suis personnellement convaincu que, de ces trois méthodes d'ajustement de l'impression offset sur des données de caractérisation standard, celle qui a le plus d'avenir est la troisième, la conversion CMJN-CMJN par profil de liaison.

Cela pour plusieurs raisons :

  • c'est la méthode utilisée par les procédés d'épreuvage certifié ;
  • c'est la seule possible quand il s'agit de normaliser l'impression d'un procédé d'impression autre que l'offset. À l'heure où les presses numériques prennent leur envol, l'argument est d'importance ;
  • c'est la meilleure méthode, voire la seule efficiente, lorsque l'on fait appel au tramage stochastique et je suis enclin à penser que la trame aléatoire est l'avenir de l'offset ;
  • partant de l'analyse colorimétrique de l'impression réelle de la presse, cette méthode prend globalement en compte tous les paramètres qui interagissent sur le rendu de l'impression ;
  • c'est la seule méthode pour approcher le rendu d'un standard d'impression lorsque l'une des composantes de l'impression (encre, papier...) n'est pas standard. En ces temps où le papier recyclé a la cote, l'argument donne à réfléchir ;
  • c'est la seule méthode pour passer rapidement d'un standard à l'autre. Un imprimeur équipé de la sorte pourra indifféremment imprimer du Fogra 39 ou 47, du Gracol, du SWOP ou encore faire « chanter » les couleurs de sa presse, tirant le meilleur rendu possible de celle-ci ;
  • pareillement, c'est la seule méthode qui permet d'obtenir à l'impression le rendu correct des fichiers préparés selon une norme obsolète (EuroStandard, Fogra 27...)
  • c'est la meilleure façon de redonner une seconde jeunesse à une presse offset vieillissante en adaptant les données envoyées au RIP pour compenser ses défauts ;
  • c'est enfin la meilleure garantie de pouvoir s'adapter rapidement et à moindres frais aux évolutions des normes. Songez aux nombres de standards d'impression que l'on a vus passer ces dix dernières années ? Rien qu'en Europe et pour le papier couché, on se souvient de l'EuroScale Coated, du Fogra 27, du Fogra 39, de l'ISO Web Coated et j'en passe. Dans le cas d'un flux géré par des profils de lien, la modification d'un seul paramètre (le nouveau profil de référence) permet la mise aux nouvelles normes de la presse.

 

Posté par Christophe Colin à 19:02 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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