29 septembre 2009
Process Standard Offset (PSO)
De
son vrai nom Process Standard Offset/ISO 12647-2, le PSO est la
grammaire de l'impression offset du début du XXIe siècle. Quand les
normes ISO 12647 énoncent les objectifs de qualité, le PSO précise
les méthodes à mettre en œuvre pour les atteindre.
Mais
pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt ? La petite histoire veut
que cela soit sous l'impulsion de BMW le constructeur allemand
d'automobiles que l'aventure PSO commença. Au tournant du siècle
les cadres de BMW, s'étonnaient de ne jamais obtenir les vraies
couleurs de leurs modèles sur les documents promotionnels imprimés.
Pis, d'un imprimeur à l'autre, les couleurs variaient. Cela
engendrait une fâcheuse disparité dans la communication imprimée
de l'entreprise, pourtant connue pour valoriser son image de marque.
Le constructeur interpelle alors l'organisation professionnelle des
imprimeurs allemands, le BvDM (Bundesverband
Druck und Medien) et lui pose cette question : «Pourquoi
l'industrie graphique n'est-elle pas en mesure de respecter les
couleurs ?» Cela lui apparaît d'autant plus surprenant que,
quel que soit son site de fabrication, chaque auto produite par BMW
arbore en sortie d'usine les couleurs voulues par les designers. Si,
depuis des lustres, l'industrie automobile met en œuvre avec succès
des méthodes scientifiques de production et de contrôle
colorimétriques, pourquoi n'en est-il pas de même dans l'industrie
graphique ?
Piqué au vif le BVDM s'adresse alors à l'organisme allemand de recherche sur l'industrie graphique FOGRA et lui donne mission de trouver des solutions pour améliorer l'efficacité des presses.
C'est
ainsi qu'en 2004 lors de la Drupa, le salon mondial de la profession,
le BvDM et la FOGRA présentaient le projet Proces Standard Offset. L'année précédente, le BvDM avait publié un volumineux classeur (en allemand) qui fait toujours référence sur le sujet.
Centralité de l'ISO 12647.
2004 est aussi l'année qui a vu la mise à jour de la norme ISO 12647-2 consacrée à l'offset, toujours en vigueur aujourd'hui et cela n'est pas un hasard. Par définition, tout processus de normalisation passe par... la publication de normes. Le PSO s'appuie donc sur le respect des normes ISO 12647, mais ne se réduit pas à elles. En premier lieu, car l'ISO 12647 fait elle-même références à d'autres normes : ISO 2846-1 pour l'aspect et la couleur des encres offset par exemple, ou encore ISO 15930 pour la normalisation des fichiers PDF (PDF/X). Le PSO se réfère donc naturellement à l'ensemble des normes ISO qui concernent l'industrie graphique même s'il confère à l'ISO 12647 une centralité que du reste personne ne conteste. Mais, avant tout, le PSO ne peut se réduire à l'ISO 12647, car il en est une mise en pratique, avec tous les choix pragmatiques que cela induit.
Une aventure européenne.
À l'heure où ces lignes sont écrites, le PSO est une vision essentiellement européenne du métier, même s'il tend à l'universalité. Les organismes professionnels allemands et suisses, BvDM, Fogra, Ugra, ECI... ont joué et jouent toujours un rôle moteur dans l'élaboration du PSO même si leur démarche a vocation de se confronter aux pratiques des imprimeurs du monde entier. De l'autre côté de l'Atlantique, le GRACol 7 (pour General Requirements and Applications for Commercial Offset Lithography), désormais appelé plus sobrement « G7 », semble quant à lui avoir les faveurs de l'industrie graphique américaine. Nous aurons l'occasion de revenir un jour sur les principales différences entre PSO et G7. Pour l'heure, retenez que tous deux sont des ensembles de directives basés sur des interprétations légèrement divergentes des normes ISO dédiées à l'industrie graphique.
Les directives du PSO (comme celles du GRACol 7 d'ailleurs) se fondent sur le respect des normes internationales suivantes :
- ISO 12647-1 - Méthodes de mesures ;
- ISO 9000 - Organisation et documentation ;
- ISO 15930 - Création et réception des données ;
- ISO 12646 - Epreuvage logiciel ;
- ISO 12647-7 – Epreuvage ;
- ISO 3664 - Condition d'examen visuel ;
- ISO 9000 – Système de gestion de la qualité (pour la confection des plaques) ;
- ISO 12647-2 – Impression offset ;
- ISO 2846-1 - Encres offset.
Indépendance.
La pertinence du PSO réside dans son indépendance revendiquée. Indépendance vis-à-vis des constructeurs de presses et de matériels graphiques ; indépendance vis-à-vis des logiciels de traitement prépresse, indépendance naturellement vis-à-vis des distributeurs et revendeurs de solutions graphiques. S'il fallait le résumer en trois mots, je dirais que le PSO est avant tout connaissances, organisation et volonté. Connaissance des technologies et techniques d'impression et de préparation à l'impression. Organisation, c'est à dire structuration de la mise en oeuvre de ces techniques. Et enfin volonté de participer au processus de normalisation des pratiques professionnelles de l'industrie graphique. Ce triptyque définit un plan de travail à l'échelle internationale pour l'industrie graphique. C'est ainsi, à mon sens, qu'il faut entendre le terme anglais de « process » : un espace en trois dimensions plutôt qu'un processus linéaire et rigide. Un environnement de travail normalisé qui permet aux multiples sous-divisions de la toile de production graphique d'être aussi efficaces que possible. Le PSO répond ainsi à la fois au besoin de plus en plus prononcé d'harmonisation exprimé par les donneurs d'ordre (exemple : BMW) et à la dispersion toujours plus accrue des structures de production du produit imprimé.

Tout part de l'épreuve.
Lors de la Drupa 2004 qui a vu la présentation du PSO, la FOGRA présentait également sa chartre de contrôle d'épreuve numérique Ugra/Fogra Media Wedge CMYK. Et là non plus cela ne relève pas du hasard.
Pour normaliser la production graphique et assurer la prévisibilité des couleurs, le premier pas consiste à se mettre d'accord sur le résultat attendu. En d'autres termes de définir un standard d'épreuvage CMJN internationalement et unanimement reconnu. Du temps des films offset et de la photogravure traditionnelle, plusieurs systèmes d'épreuve analogiques se disputaient les faveurs du marché : Cromalin, Matchprint... Puis ce fut la jungle des systèmes d'épreuve numériques aussi disparates que multiples. Enfin, l'Ugra et la Fogra réussissaient à y mettre bon ordre en définissant un moyen simple de contrôle colorimétrique des épreuves, facile à mettre en oeuvre. L'épreuve certifiée était née, basée sur la norme ISO 12647-7. On sait désormais à quoi doit ressembler une impression offset ! La qualité devient selon les termes consacrés mesurable, vérifiable et avérée ! À partir de là, tout coule de source ou presque. (Lire à ce sujet l'article : « Épreuve et colorimétrie ».
Normalisation de l'impression offset.
La norme 12647-2 décrit précisément l'aspect des couleurs solides (100 %) imprimées Cyan, Magenta, Jaune, Noir en fournissant leurs valeurs L*a*b* respectives. Elle définit également les valeurs L*a*b* cible des recouvrements Rouge (M+J), Vert (C+J) et Bleu (C+M). La tolérance admise pour la pertinence des couleurs imprimées est également fixée par l'ISO 12647-2. Ces valeurs sont données pour trois types de papiers : couché (brillant et mat), offset, et offset jaunâtre (papier recyclé par exemple).
À charge pour les techniciens qui calibrent la presse de déterminer quelle densité d'encre est nécessaire pour atteindre ces valeurs cibles. (Lire à ce sujet l'article « Normes, densité et colorimétrie en offset. »)
La
gradation des demi-tons, c'est-à-dire la courbe d'engraissement pour
chaque encre CMJN (TVI en anglais pour Tone Value Increase), est
également stipulé par l'ISO 12647-2 pour les trois types de papier
par le pourcentage obtenu à l'impression du point 50%. Les valeurs
ciblées pour l'engraissement des machines sont les mêmes pour les
encres Cyan, Magenta et Jaune. Elles sont légèrement supérieures
pour le Noir. La courbe de gradation de chaque encre se paramètre,
pour chaque type de papier, en modifiant les fonctions de transfert
(courbe de puissance) du RIP (ou en utilisant le profil ICC
spécifique à la presse correspondant au papier d'impression). (Lire
à ce sujet l'article : « Linéarisation et engraissement du
point de trame. »)
Il reste naturellement à gérer la balance des gris. Le gris neutre sur une presse calibrée est déterminé par des valeurs précisent de CMJN. Précisément, selon le BvDM et l'ECI, le gris neutre sur papier couché (Fogra 39) qui correspond au Noir 50% est obtenu par les valeurs C45, M36, J36, tandis que sur papier offset (Fogra 47) le même gris Noir 50% est obtenu par C46, M39, J40. Ces valeurs mises bout à bout renvoient trois courbes de gradation CMJ qui détermine la balance des gris de l'impression. Comment « calibrer » les fichiers à imprimer pour que le gris des images soit précisément imprimé selon ces spécifications ? Par l'utilisation avertie des profils ICC bien entendu. Le processus de calibrage de la presse (chromie des valeurs solides et gradation) n'a de sens que si les documents à imprimer ont été préparés en tenant compte des caractéristiques prévisibles de l'impression. D'où la nécessité absolue de normaliser chromatiquement les fichiers envoyés au RIP selon les espaces chromatiques standard déterminés par la Fogra (Fogra 39 L, Fogra 47 L...), ou selon les profils propres à la presse.
Le triptyque gamut (déterminé par la chromie des couleurs primaires et secondaires solides), gradation (courbe d'engraissement ou TVI) et balance des gris représente l'axe central du PSO. Autour de lui gravitent tous les autres aspects de l'impression et de la préparation des fichiers en prépresse. Il appartiendra bien entendu au conducteur offset de faire en sorte que l'impression reste stable tout au long du tirage et respecte le plus scrupuleusement possible ces trois aspects fondamentaux d'un tirage normalisé de qualité. Pour ce faire, il doit disposer de gammes de contrôle lui permettant de vérifier à chaque instant la concordance, dans des tolérances données, entre les valeurs cibles et les valeurs lues sur ses impressions.
Certification PSO
D'un point de vu commercial, rien ne sert d'imprimer aux normes si on ne le fait pas savoir. La certification PSO, assurée par l'organisme suisse UGRA, contrôle et certifie moyennant finance la conformité de la production aux directives PSO. L'UGRA est elle-même accréditée par le Service d'Accréditation Suisse (SAS).
Pour les imprimeries, les contrôles ISO 12647 portent sur les segments de productions suivants :
•
organisation et
documentation ;
• prise en charge des données des clients ;
•
traitement des données ;
• moniteur et épreuvage logiciel ;
•
production des épreuves (hardproofing) ;
• Production des
formes d’impression ;
• impression ;
• conditions
d'examen visuel.
Outre la certification des imprimeries, l'UGRA délivre également les certificats suivants adressés aux autres segments de l'industrie graphique :
•
Système d'épreuvage
selon ISO 12647 ;
• Moniteurs et épreuvage logiciel selon ISO
12647 et ISO 3664 ;
• PDF/X confection des données selon ISO
15930.
Pour les petits aussi.
Le syndicat professionnel allemand BvDM fut à l'origine du projet PSO. Il en reste l'acteur principal au point, qu'à ma connaissance, le seul texte de référence actualisé sur le PSO n'est disponible en cet instant qu'en... allemand. (Ce texte est disponible sur le site du BvDM.) Pour autant, le PSO a vocation à devenir universel et à ce titre il n'appartient à personne. Il en va de son indépendance et donc de sa crédibilité. Il relève de fait d'une logique d'interprétation des normes ISO 12647 et afférentes, appuyée sur le travail de recherche de la Fogra et mis en pratique grâce aux outils de contrôle développés par la Fogra, l'Ugra et, dans une moindre mesure l'ECI. Son avenir dépend pour beaucoup des capacités des organisations professionnelles autres qu'allemandes et suisses à en faire la promotion.
Au jour d'aujourd'hui, l'industrie graphique se ressent de la crise économique. Le PSO n'en prend que plus d'importance pour l'avenir des imprimeries, tout particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. D'abord parce qu'il serait dramatique pour elles de louper le train de l'évolution du métier, et le PSO en est aujourd'hui la locomotive. Ensuite, car le PSO, en rationalisant la production, est en mesure de générer de substantielles économies. Le PSO ne dessine pas pour autant un monde où tout le monde sera gentil. PSO ou pas, la concurrence continuera de s'exacerber. Ignorer le PSO consiste à rester sur place lorsque les concurrents avancent, mais, dans la communauté de travail PSO elle-même, la concurrence s'exerce. Sans être devin, on peut imaginer que le prochain terrain concurrentiel « intra-PSO » sera celui de l'excellence en matière de qualité. Et sur ce terrain-là, les petits ont toutes leurs chances.
Sources :
- ProzessStandard Offssetdruck (edition bvdm) ;
- Media Standard Print 2006 (bvdm) ;
- MedienStandard Druck 2008 (bvdm) ;
- ISO 12647-2 ;
- ISO 12647-7 ;
- Yves Roussange a publié en anglais quelques textes pour la presse spécialisée australienne, disponibles sur Internet (http://www.psoprinter.com/articles.html)
Commentaires
l'article est trés interressant pouvez vous m'aider a connaitre mieux les encres UV
*manipulation
*resistance a l'emboutissage.........
Encres UV
Bonjour,
Je ne suis pas un spécialiste des encres, mais peut-être un lecteur saura vous répondre ?
Cordialement,
Christophe
Excellent article
Merci Christophe pour ton article,
je suis toujours à ta disposition pour tous renseignements et entre autres sur l'avancement de la certification PSO chez les imprimeurs français.
Gérard
les types d'offsets
bonsoir,
je fait une recherche sur les types d'offsets ce que je trouve parle toujours de technique d'impression alors que je cherche à savoir qu'elle est la différence entre les différents types d'offsets
j'attend votre réponse avec impatience
merci par avance
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